Les autres.... Et moi

Publié le 27 Avril 2014

Les autres.... Et moi

Lectrice (ou lecteur ^^) un peu déprimé, ou en quête de jovialité, passe ton chemin aujourd'hui car j'ai le cœur bien lourd... Je suis dans ces fameux jours où je suis percutée de plein fouet par cette nouvelle réalité qu'est la mienne. Et dans ces moments là, la liste de ce que mon infertilité m'a pris (volé) est très longue.

Encore une fois, j'ai été confrontée à des regards jugeant, à des réflexions sur mon incapacité à être positive, parce que souffrir et l'assumer, c'est être pessimiste et défaitiste. C'est vrai que c'est déstabilisant, il y a des journées où tout va bien, ou je suis pleine de vie et d'énergie, et d'autre où je suis vidée de tout, je perds espoir, je suis fatiguée et je n'ai qu'une envie, me replier sur moi même et me gaver de télé enroulée dans les bras de mon armure : mon homme.

Je compare souvent mon infertilité à une très grosse valise qui grossit d'année en année, comme une gangraine qui me ronge de l'intérieur. Au début, elle était remplie de plumes, symbole de la légèreté de mon insouciance (cette naïveté qui me manque tant aujourd'hui). Mon insouciance s'est envolée au fur et à mesure... Aujourd'hui, j'ai parfois l'impression que ma valise est remplie de plomb et que je la tire sur un chemin de terre, plein de trous, de cailloux et de bosses, sous une succession de froids polaires et de chaleurs étouffantes.

Je ne prétends pas faire la guerre (quoi que) mais voir une femme, qui elle, porte une valise plus légère, sur une route bien lisse, avec un climat doux, me faire la leçon en me disant que je ne fais pas comme il faut, j'ai envie de lui hurler de prendre ma place avant de m'expliquer comment faire.

Car oui, vous vous en doutez, ce sont tout le temps le plus souvent des femmes, qui vont m'expliquer que je ne réagis pas comme il faut (alors que je n'ai pas amorcé le sujet, je l'évite aussi souvent que possible). L'hypocrisie des femmes qui me jugent me tétanise. Oui je leur en veux de me dire comment je dois réagir alors qu'elles même ne pourraient pas concevoir leur vie sans leurs enfants (concevoir, quelle ironie...), elles ont remis ça, plusieurs fois, et elles vont aller me faire la leçon parce que je souffre de voir mon ventre terriblement, désespérément, vide? La vérité c'est qu'une vie sans enfant quand on ne l'a pas choisi, ça n'est pas si simple que ça. J'en veux à celles qui, par maladresse, parfois par méchanceté ou tout simplement parce que j'agace, me disent que la maternité n'est pas une fin en soit.... Alors que la leur est au centre de leur vie.

Ce qui me manque le plus c'est mon énergie, ma joie de vivre, j'ai vraiment l'impression que mon cœur a été cambriolé. Et je culpabilise de ressentir ça, surtout quand j'entends que je gère mal ma douleur... Et si c'était vrai, et si j'en rajoutais? J'arrive à douter de moi, de mes émotions, de mes sentiments et parfois je me dis qu'au final, ce que je vis je le mérite car je ne suis pas assez forte pour surmonter ça. Que finalement, si je suis toujours dans la file d'attente du guichet de la gare c'est parce que je veux y rester, je l'ai choisi. Serais-je maso?

Et puis il y a les ovnis, les gens qui restent à la place qui me fait le moins souffrir, qui ne jugent pas, qui écoutent, qui respectent et prennent un petit bout de la poignée de la valise, à mes côtés, pour qu'elle me semble plus légère. Ces gens là m'aident à retrouver ma joie de vivre, parfois même mon insouciance et ces mains tendues alors que je me prends des baffes en permanence me bouleversent.

La PMA a fait de ma vie un paradoxe géant, je passe d'un état émotionnel à l'autre mais surtout je me rends compte que je ne m'autorise que très peu de répit et d'indulgence. J'ai envie de croire mes copines de galère qui me disent que je ne suis pas faible, j'ai envie de retenir les paroles de la psy de la PMA qui atteste de ma stabilité et de ma lucidité, et de réussir à laisser parler les gens... Sans que ça ne me touche.

La PMA m'a encore plus fait grandir que mon échange d'un an à l'autre bout du monde, elle m'a fait ouvrir des portes dont j'ignorais l'existence et elle m'a montré, au delà de cette tristesse qui déborde (trop) souvent, que mon envie de vivre est plus forte que tout, même si je (ne) suis (pas encore) (in)capable de donner la vie.

La PMA est une belle promesse, c'est un joli paquet cadeau. Le problème c'est que souvent le paquet est vide. Imaginez la tête de quelqu'un qui a un gros paquet sous le sapin, avec un magnifique nœud et qui finalement ouvre une boite vide? Je pense que les gens qui ne comprennent pas ne voient que la promesse et pas ce que ça implique. Nous la boite vide, hélas, on la connait par cœur!

Je ne sais pas combien de fois encore je pourrai me relever, je ne sais pas encore si j'aurais suffisamment de force pour apprendre de mauvaises nouvelles, ni assez de larmes pour effacer mes gros chagrins. Mais je suis sure d'une chose, une seule : c'est que même quand ça ne va pas fort, je fais de mon mieux. Et c'est bien ça l'essentiel, non?...

Rédigé par Carotte

Publié dans #Etats d'âme

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mamzellefleur 03/05/2014 08:58

Mo homme aurait voulu que je me relève 1h après voir appris l'échec de ma Fiv 1, 3 jours après cette atroce complication. J'ai mis 2 mois, à retrouver ma forme physique et mon sourire. L'indulgence avec soi-même je crois que c'est aussi la clé. Nous ne sommes pas en acier, nous sommes des êtres de chair et de sang. J'ai préféré les larmes et ma couette pour vider mon sac de chagrin. Tu fais de ton mieux oui, alors pardonne toi de ne pas être parfaite. Et savoure quand c'est une belle journée et que tu vas bien.Je crois que ce beau voyage a venir va te faire le plus grand bien!

Bounty Caramel 30/04/2014 00:26

Magnifiquement dit.
Les grosses valises ça fait peur, laisse indifférent, attriste ou rend empathique.
On découvre les facettes des uns, celles des autres. Mais la plus grosse claque reste le cadeau vide.
Enorme courage, bises

Carotte 30/04/2014 06:31

Merci Bounty. Malgré toutes ces années d'attente, je n'en reviens pas de constater à quel point la PMA me rend vulnérable, bien plus que toutes les galères que j'ai pu connaitre avant. Le point positif c'est qu'en dépit de tout ce que je peux ressentir elle m'aide aussi à me connaitre, et je suis étonnée de me savoir si résistante. Comme quoi... La bisette à toi aussi

La Chouette 29/04/2014 22:27

Je prends la poignée droite. Je crois que la gare n'est pas loin.

Carotte 27/04/2014 20:17

Merci d'avoir pris le temps de venir me lire et me réconforter.... Je ne peux pas encore faire le ménage dans mon entourage car je suis dans le brouillard, et je n'arrive pas à distinguer les maladresses de la méchanceté. Je me dis que je peux moi aussi l'être sur d'autres sujets et faire souffrir quelqu'un sans le vouloir. Être plus indulgente avec les autres et avec moi même, faire taire ma colère, c'est ça mon challenge de demain... Parce que j'ai la chance que tout soit encore possible, et ton blog me remet régulièrement les pendules à l'heure... Prends bien soin de toi

larmes amères 27/04/2014 16:27

La pma c'est très éprouvant : on bascule du fol espoir à une chute terrible, le tout sans contrôle, sans préavis, comment pouvoir rester légère et insouciante? Comme toi, la pma (et la maladie dans mon cas) m'ont enlevé ma joie de vivre, et ôter le sourire accroché sur mon visage qui me caractérisait d'après les autres... On est différent après cette épreuve, comme pour chaque épreuve de la vie. Et les autres si bien pensants et de si bon conseils, tu les ignores, se faire un peu plus mal encore pour des cons, ça n'en vaut pas la peine. Ma psy me dit que je prends trop sur moi, alors peu à peu, j'arrête de faire en sorte que tout se passe bien pour les autres au détriment de mon propre bien être. C'est pas facile, je culpabilise encore, mais un peu moins.
Tu garderas sur ton chemin les amis qui en valent la peine, parfois il faut aussi ne pas être trop dur avec eux (il faut accepter qu'ils ne comprennent pas tout ce qu'on vit) mais leur dire quand les paroles font mal, les vrais comprendront, les autres, tant pis.
C'est déjà suffisamment dur, pas la peine d'avoir des moralisateurs autour de soi, juste des gens qui écoutent, et qui te tiennent la main...
Je t'embrasse